Tout s’accélère.

 On entre dans le concret, dans le vif du sujet.

 On ne parle plus de préparation.

 La course commence.

 Je suis sur la ligne de départ. Je le sais. Je le sens.

 Les autres aussi. Un besoin urgent des derniers encouragements.

 J’ai été fatiguée, comme dans toute prépa. J’ai eu mes tracas. Dans la maladie, on appelle ça « des effets secondaires ».

 Mais ça, on peut cacher, un peu, décider d’en parler ou pas.

 Maintenant pourtant la maladie est visible aux yeux de tous. Alopécie on dit. Bref, on ne m’a jamais appelée Boucle d’Or ni Raiponce mais là, plus de cheveux. Ou pire, presque plus.

Ce n’est que l’aspect visible de la maladie. Donc on s’en fout hein ?

 Il se passe quelque chose, et pas qu’en moi. Vos mots. Vos messages. Vos visites. Vos cadeaux. Vos larmes.

 Me voir, m’entendre avant de me laisser partir. Ça fait chaud. Ça fait peur.

 J’aimerais tant tout planifier comme d’habitude. Préparer leurs repas, préparer leurs affaires. Je ne peux pas. Je me laisse faire. Je les laisse faire.

 Je me rends aux derniers rendez-vous. Toujours avec David. Les dernières prises de sang, pénibles car mes veines sont fatiguées. Les derniers examens, voir si mes poumons, mon cœur vont supporter cette phase de chimio intensive et l’autogreffe. Retourner voir mon médecin traitant pour prolonger l’arrêt de travail. Ça fait du bien. Pas d’examen. Juste des paroles.

 Certaines personnes m’ont déçues mais je m’en moque. Juste je le note. Il y en a eu si peu, et j’ai tellement reçu par ailleurs alors…..

 Je récupère mon dossard demain. A Marseille.

 Lundi a lieu MA course. Je vais essayer de ne pas pleurer. Mais je suis toujours remplie d’émotion sur la ligne de départ. David va m’accompagner jusqu’à mon sas de départ  (je n’ai fourni aucun temps de référence pour l’attribution dudit sas, on verra qui j’ai autour de moi, je me faufilerai s’il le faut). Je ne déposerai pas mon sac au camion consigne (ça tombe bien, j’ai toujours peur de ne jamais le retrouver ce foutu camion). J’aurai ma valise avec moi. Mes gri-gri. Vos mots qui raisonneront dans ma tête. Je me sentirai certainement seule. Pourtant je sais combien de personnes seront derrière moi, avec moi.

 Je vous entendrai crier mon nom, je vous verrai faire quelques pas, quelques mètres avec moi.

Si je peux je donnerai des nouvelles à chaque ravito. Si je peux je répondrai à vos encouragements. Mais je ne sais pas dans quel été je serai. L’Ultra, c’est la première fois.

 Je vous retrouve sur la ligne d’arrivée hein ? Je vous laisserai le soin de m’envelopper dans ma couverture de survie, de me remettre ma médaille, de me faire un câlin, de me féliciter…..